Les voies romaines sur le Val d’Ille

1 octobre 2007

ruine-braultDans notre dernier numéro, vous avez pu découvrir les vestiges d’anciennes voies romaines sur le Pays d’Aubigné. Ce mois-ci, l’auteur Yves Brault nous invite à suivre leurs traces sur le territoire du Val d’Ille. 

Á travers le bocage melessien

La voie Rennes-Avranches (cf n° 71 du Petit Rapporteur) – ou plutôt ces voies, car les avis divergent – pénétraient dans notre secteur arrivant de Saint-Grégoire par la Haute Boulais, le Chêne Renault, entrant en Melesse par le Haut Landrier et la Haie Ferrière, franchissant le ruisseau de Quincampoix, passant ensuite à l’ouest de la ferme du Mesnil. Elle continuait par La Fontaine Pèlerin et Les Ruelles, franchissant le ruisseau de la Ménuchère et disparaissant définitivement aux environs du Bois Mézard.

De la voie Rennes-Alet s’en détachait une autre, après Saint-Grégoire, pour continuer vers le nord, en direction de Melesse. On en retrouve la trace depuis les Bas Colliaux jusqu’au Feuil. Elle passerait au Haut Chemin, au Plessis, traversant le ruisseau de la Touche au gué du Chêne Vert. De part et d’autres de cette voie supposée, on a trouvé de nombreux vestiges inventoriés par la DRAC en 1979 :

– une villa gallo-romaine au site de la Poterie au Verger Beaucé ;

– des enclos aux Petites Fontenelles et à l’Epine Boulais ;

– un fossé au Mesnil Breizh ;

– des gisements de surface aux Bas Beuschers, aux Guimondières, à la Bouvette, à la Chapelière et à la Croix des Ormeaux.

Au Chêne Vert, la voie se poursuit au nord par le Chemin Herbu en Montreuil-le-Gast, traverse le Bois de Cranne pour arriver à la Guéhardière, en Guipel.

L’autre voie, après avoir suivi le tracé actuel de la RD 91, suivait, direction nord, la limite exacte séparant Melesse de Chevaigné, franchissant la rivière Ille au Fresnay, contournant Saint-Germain-sur-Ille par l’est pour reprendre le tracé de la D. 91 après le Cruel, se poursuivant sur Saint-Médard jusqu’à Aubigné.

Lucien Piquet, dans son livre, suggère un autre passage(1) : « L’époque gallo-romaine n’a laissé sur Saint-Germain que le souvenir lointain de la voie romaine Rennes-Avranches franchissant l’Ille au Pont-de-Pierre et se dirigeant en droite ligne vers le bas du coteau qu’elle atteignait à la Basse Rue puis s’attaquait directement à la butte, passait devant le village du Chemin Rennais ou Renais (et non Renault) pour prendre en direction d’Aubigné ».

Plus loin il écrit : « l’avenue d’Embas dégringolait du bourg vers le lieu de l’Impériale, proche de la charmille du château du Verger au Coq où elle rejoignait l’avenue qui constituait aussi l’ancienne voie romaine venant de Rennes après avoir franchi l’Ille au Pont-de-Pierre ».

Il s’agit donc là d’une hypothèse différente de la première qui fait la voie romaine franchir l’Ille entre Verneil et la Cotinais et remonter tout droit à partir de la Fresnay, passant à l’Est du Clos Ray, traversant la Tremblaie, le Pré Communal, le Fresne et le Champ Hamon.

Les deux hypothèses s’accordent ensuite : « L’examen de la vue aérienne de Saint-Germain nous donne l’impression d’une clairière de défrichement centrée sur l’ancien manoir des Rochers sis sur l’ancienne voie romaine de Condate à Lisedia. Peut-être s’agit-il là, ajoute Lucien Piquet, de l’ancien domaine d’un grand propriétaire gallo-romain analogue à celui situé plus au nord sur la même voie, le « fondus albiniacius », c’est-à-dire le domaine d’Albinius, autrement dit Aubigné ».

Un camp romain à Saint-Médard-sur-Ille ?

Á Saint-Médard-sur-Ille, Marcel Donet, dans sa monographie sur la commune, avance l’existence d’un camp romain, s’appuyant sur l’hypothèse émise par L. Lavallée en 1888. Il serait situé sur le Tertre du Moulin, sur le bord ouest du promontoire sur lequel se trouve le bourg, à 1000 mètres de la voie romaine venant de Saint-Germain-sur-Ille, passant à la Croix de Brin,  rejoignant Aubigné. Il s’agirait d’un enclos en murs de pierres sèches mélangées à de la terre, ayant une forme plus ou moins trapézoïdale, d’une surface de 2100 m2 environ. Toutefois, le cadastre de 1828 permet de penser à une erreur de transcription, comme l’auteur a pu le vérifier sur place. Les talutages en question se voient encore de nos jours. Deux brèches étaient ouvertes dans cette enceinte comme le montre le dessin illustrant le sujet. Autour, sur au moins trois côtés, il y avait des douves. La présence d’un camp romain à cet endroit paraît être une hypothèse assez vraisemblable.

Des fours à poteries carolingiennes à Guipel

Nous sommes en Guipel, à moins de 2000 mètres du Chênay-Piguelais où une découverte récente a été faite, en 2000 et 2001, par les membres du CERAPAR(2) à l’occasion de prospections au sol révélant l’existence d’un probable nouveau four de potier d’époque carolingienne (940) après celui de Launay-Margat, non loin de là, confortant ainsi l’existence à proximité d’anciennes voies romaines réutilisées au Moyen-âge.

La voie supposée se poursuit vers Guipel dont on notera les lieux-dits Le Gué et La Motte. Après La Plousière, en limite de commune avec Dingé, on peut suivre un vieux chemin en direction de La Motte aux Anglais (hypothèse d’un camp romain) et de la forêt de Tanouarn où l’on a retrouvé des traces d’industrie métallurgique.

Il y a quelques dizaines d’années encore, un site figurait sur certaines cartes, à proximité de la Noë Dammartin, « le Tertre Pierrier ». Les scories (mâchefer) étaient récupérées par les agriculteurs pour empierrer leurs cours, pour la plus grande satisfaction des chercheurs rennais qui en faisaient leurs délices.

Alors qu’à Guipel 660 pièces romaines furent découvertes en 1924 par un habitant de la commune, à Dingé, c’est un trésor constitué d’un vase plein de monnaies des 2e et 3e siècles qui a été trouvé.

Les Lignes de La Gonzée

Intéressons-nous maintenant à la partie ouest du Val d’Ille, vers La Mézière et Vignoc : la voie romaine 1 B de Condate à Alet. Cette voie, qui n’est citée dans aucun document ancien et qui aurait pu (toujours le conditionnel) relier Rennes à Saint-Malo vers la fin du troisième siècle, à la fin de l’empire romain, partait de Rennes par la Porte Mordelaise et aurait suivi l’ancienne route de Rennes à Saint-Malo, en empruntant tout d’abord la voie de Rennes à Corseul et s’en serait ensuite détachée entre Montgermont et Gévezé pour passer par La Mézière.

On trouve, juste à l’ouest de La Mézière, un chemin rural autrefois connu sous le nom de Chemin Pavé, long de trois kilomètres, qui s’étend du nord au sud, coupe la route D.27 Rennes-Dinan, puis rejoint la route de Saint-Malo. Près de ce chemin, sur le bord nord de la route de Dinan, des champs étaient autrefois appelés Camp des Anglais ou Ville Rouge sur l’ancien cadastre.Paul Banéat, dans « Le département d’Ille-et-Vilaine » de 1929 explique : « Le Camp des Anglais est bordé à l’est par des retranchements en terre qui commencent à 400 m environ au sud du bourg et se prolongent du nord au sud jusqu’au village des Quatre-Roses sur le bord de la route. On dit même qu’il traversait autrefois celle-ci.

« Ces retranchements, appelés Lignes de La Gonzée, se composent de deux talus parallèles, longs actuellement de 520 mètres, hauts de 2 à 2,50 mètres et séparés par un fossé large de deux mètres. Une espèce de petit rond-point se voit vers leur extrémité nord.

« Les Lignes de La Gonzée s’étendaient encore, vers 1860, jusqu’à La Mézière et se dirigeaient de là au nord-est vers la route de Hédé dans la direction de La Chataigneraie.

« On voyait encore, en 1880, quelques vestiges de ces prolongements. Les talus sont attribués à l’époque de la Ligue qui a laissé le souvenir des dévastations qu’y exercèrent les troupes de Mercoeur en 1597. Le bourg de La Mézière fut détruit. La tradition prétend que les Anglais ont élevé ces talus «  en une nuitée ». Le nom de Ville Rouge dénote ordinairement une origine gallo-romaine ».

C’est dans ce secteur de La Mézière que l’on trouvait une des principales intersections de la voie Rennes-Alet avec d’autres voies romaines. Des objets gallo-romains ont été exhumés à La Patrenotrais et à Montgerval ainsi que des poteries, briques et tegulaes. Aujourd’hui encore, des archéologues s’intéressent au retranchement de La Gonzée bordant le Domaine des Coteaux pour tenter de dater les traces encore visibles (recherches par le CERAPAR les 24 février et 17 mars 2007).

Yves Brault

•Cet article, ainsi que le précédent, s’est appuyé sur les recherches de M. Philippe Saint-Marc, auteur du site internet « Les voies romaines en Ille-et-Vilaine », avec son aimable autorisation.

(1) »Saint-Germain-sur-Ille et l’histoire »

(2) Centre de recherches  archéologiques du Pays de Rennes

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N°143 – Avril-Mai 2014

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