Les voies romaines en Pays d’Aubigné

1 septembre 2007

sensQue savons-nous aujourd’hui des voies romaines qui traversaient le Pays d’Aubigné ? L’humilité est de rigueur pour qui se mêle de vouloir répondre aujourd’hui à cette question, car nous sommes, la plupart du temps, dans le domaine des hypothèses. Le conditionnel est de rigueur en pareil cas. Que reste-t-il de visible en 2007 de ces voies vieilles de près de deux mille ans ?  Certes bien peu de choses. Toutefois, à partir des recherches effectuées par les archéologues, des traces et objets trouvés, nous avons l’embarras du choix quant aux hypothèses.

La plus grande partie des preuves ont aujourd’hui disparu, du fait de l’urbanisation, de l’empierrement ou du bitumage des chemins, de la création de routes nouvelles, des remembrements et également de la rareté ou de l’absence de documents anciens. Et tout d’abord, d’où partaient ces voies romaines ? Où allaient-elles ? Á quoi servaient-elles ? L’existence certaine de trois voies en Bretagne est reconnue. Toutes les trois nous intéressent :

•Condate (Rennes) – Fanu Martis (Corseul) et Reginea (Erquy)

•Condate – Legedia (Avranches)

•Condate – Ad Fines (sans doute Feins)

Mais également :

•Jublains (Mayenne) – Alet (St-Malo)

•Jublains – Corseul. Cette dernière croisant les précédentes à Bazouges-la-Pérouse pour la première, à Feins pour la seconde.

•Rennes – Bayeux par Sens-de-Bretagne et Romazy.

•Chartres – Carhaix par Vieux-Vy-sur-Couesnon et Feins.

Á quoi servaient-elles ? Pierre Pesselier (1) répond :  « Pour assurer la défense de leur empire menacé par les Barbares, les Romains construisirent ces routes facilitant des relations rapides entre leurs postes et les villes fortifiées. C’est surtout au IIIe siècle que ce réseau routier fut perfectionné ».

C’est aussi l’avis exprimé par l’auteur du livre  « Sens-de-Bretagne, son histoire » : « Il semble probable que la voie Rennes-Avranches a été conçue par les légionnaires romains. En effet, seuls les réseaux construits par le pouvoir romain étaient empierrés (ce qui les rend d’autant plus faciles à repérer de nos jours grâce, notamment, à la technique de la photo aérienne). Généralement les Romains utilisaient un chemin existant ».

L’auteur poursuit :  « La construction de ces routes relève d’une grande organisation et d’un savoir-faire certain. Elle est longue et laborieuse, car il est nécessaire, en premier lieu, de creuser une tranchée sur un sol stable, de recouvrir la voie de remblais puis de dalles. Elle est légèrement bombée afin de faciliter l’écoulement des eaux. En règle générale le tracé est rectiligne. On préfère assécher les plans d’eau et les ruisseaux, couper une partie d’un bois plutôt que de contourner un obstacle, ce qui s’explique par le souci de rapidité que recherchent les armées ».

Feins (Ad Fines) : carrefour de voies romaines

C’est cette voie dont on a retrouvé les traces sur le chemin rural qui se détache de la D 91, à la sortie d’Aubigné, direction nord-est,  et reprend vers La Chevrolais et La Bigotais en Feins, lieu de croisement avec la voie de Jublains à Corseul. Feins tient son nom de « Ad Fines », signifiant « à la frontière », c’est-à-dire le point où la voie romaine traversait la limite entre deux Pagi : le territoire de la tribu celte des Redones de celui des Coriosolites.

Près de la Bigotais, sur la Lande des Châteaux, un retranchement pourrait marquer le croisement des deux voies. On y a retrouvé des ruines de fondations et des briques à rebords. Des archéologues ont aussi cru repérer la voie à un kilomètre au nord-nord-est de la Bigotais, dans un chemin rural long de 1600 m, à l’est du Bois de Soubon, puis 1200 m au-delà sous la forme d’un autre chemin de 2600 m rejoignant le village de la Fresnais, sur la route Saint-Rémy-Saint-Léger.

Des poteries romaines près de Saint-Aubin-d’Aubigné

Une autre voie nous intéresse. C’est celle qui, de Rennes, rejoint Saint-Aubin-d’Aubigné, passant par St-Sulpice-la-Forêt, Betton, Mouazé,  pour arriver aux fermes de la Rabotière en Chasné-sur-Illet, dont les cours ont longtemps conservé des traces de pavages.

Á 1400 m du point où la voie disparaît, on croit en retrouver les traces dans un chemin rural long de 1100 m qui, après avoir franchi l’Illet, part de la Coutancière, en Saint-Aubin-d’Aubigné. Des poteries romaines ont d’ailleurs été retrouvées au Grand Mézerais, 600 mètres à l’est du point où cesse le chemin.

On retrouve ensuite la voie 1300 m plus loin, formant un chemin rural qui sépare pendant 2500 m les communes de Saint-Aubin et Andouillé-Neuville à celle de Gahard. Ce chemin se voit au Sud du Bois de Borne, sous la forme d’un talus de deux mètres de hauteur bordé de deux fossés et de deux talus plus petits.

Le chemin longe la lisière du Bois de Borne pour se confondre ensuite avec la D 175 jusqu’au lieu dit le Pont Gomery, au nord de Sens-de-Bretagne. Elle prend ensuite la direction de Romazy par La Chevrie,  après avoir traversé la route de Rimou au lieu dit Le Pont.

Á un kilomètre au nord-est du Bois de Borne, à l’ouest du village des Viviers, sur le bord de la route, on peut voir également des lignes de talus parallèles sur une longueur de deux kilomètres. Ces talus mesurent près de deux mètres de haut et cinq à six mètres de largeur à leur base.

Des découvertes à Sens-de-Bretagne

Intéressons-nous de plus près à cette voie Rennes-Avranches. Á Sens, des vestiges de l’époque gallo-romaine ont été découverts. Des particuliers ont eu le plaisir de trouver dans leur propriété des objets ayant par la suite été authentifiés comme appartenant à cette époque. Ainsi, de la monnaie remontant aux Pictons (vers 56 avant notre ère), enfouie le long de la voie par les Coriosolites. Des pierres de construction, des « tegulae » (tuiles en latin) et des tessons de céramique commune et sigillée (datant des 1er et 2e siècles) ont été retrouvés aux Cognets.

Á Theuré, en bordure de l’axe romain, près de Pont Gomery, un agriculteur a fait d’intéressantes découvertes en labourant son champ, il y a une vingtaine d’années : des fragments de tegulae, une dalle de pierre de 33 x 30 cm pesant 5 kg. Lors de l’arasement d’un talus, des traces étaient très visibles à cet endroit d’une villa gallo-romaine, maison d’habitation du propriétaire du domaine agricole

Mais sa plus belle découverte, c’est une plaque sculptée de schiste ardoisier de 30 x 30 cm pesant 4 kg, représentant une aiguillère (vase à eau doté d’une anse et d’un bec) ayant remarquablement résisté à l’épreuve du temps (photo ci-contre). Cet objet daterait vraisemblablement du 2e siècle après J.C., selon le Centre Régional Archéologique d’Alet, à Saint-Malo.

M. Leroy a également trouvé, en se promenant sur la commune voisine de Vieux-Vy-sur-Couesnon, une hache en silex de 23 cm de fort belle facture, de l’époque néolithique.

Des camps romains à Vieux-Vy

D’autres traces de l’époque gallo-romaine subsistent encore en Pays d’Aubigné. Á Vieux-Vy-sur-Couesnon, dont le nom vient du latin « vetus vicus », des fortifications de terre, les plus importantes de la région, ont été reconnues au Bourguel et à Orange, non loin des découvertes citées précédemment :

– les premières ont l’apparence d’un camp romain, édifiées pour consolider une défense naturelle sur un plateau entouré du Couesnon, de son affluent et de vallons profonds. L’espace enclos peut avoir une superficie de 50 à 60 hectares.

– les secondes consistent en plusieurs retranchements dont l’un pourrait avoir été un oppidum gaulois d’environ 8 hectares ; l’autre datant de l’époque gallo-romaine.

On a trouvé dans ces lieux des pièces gauloises et romaines, des meules gallo-romaines, des armes et des cercueils mérovingiens. Le site d’Orange aurait pu également être destiné à défendre le carrefour de la voie venant de Jublains avec celle de Rennes à Avranches, ainsi que le gué permettant de franchir le Couesnon, non loin de la Lande Pavée.

Yves Brault

(1) « Le Pays Bazougeais dans l’histoire ».

Á noter : dans notre prochain numéro, vous pourrez suivre la trace des voies romaines sur le Val d’Ille.

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N°143 – Avril-Mai 2014

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