Les grandes marées noires de l’histoire

9 juillet 2010

Amoco_Cadiz_2Le terme « marée noire » ne signifie pas seulement présence d’hydrocarbures dans le milieu marin. Il s’agit d’un déversement brutal et localisé dépassant ce que le milieu est capable d’assimiler naturellement sans dommage, avec des conséquences écologiques dramatiques

La première grande catastrophe écologique majeure dans l’histoire du transport maritime, qui mit en alerte l’opinion publique, est le naufrage du Torrey Canyon, survenu le 18 mars 1967. Le pétrolier de la filiale libérienne de l’Union Oil Company of California, chargé de 120 000 tonnes de brut, s’échoue entre les îles Sorlingues et la côte britannique. Malgré une mobilisation de tous les moyens de lutte disponibles, plusieurs nappes de pétrole dérivent dans la Manche, venant toucher les côtes britanniques et françaises. Il se révélera plus tard que certains des dispersants utilisés pour la lutte étaient plus toxiques que le pétrole. Cet accident fait découvrir à l’Europe un risque qui avait été négligé. Il donne naissance aux premiers éléments des politiques française, britannique et européenne de prévention et de lutte contre les grandes marées noires.

Le 16 mars 1978, le naufrage de l’Amoco Cadiz, au large des côtes bretonnes, provoqua une marée noire considérée, aujourd’hui encore, comme l’une des pires catastrophes écologiques de l’histoire. Ce pétrolier « supertanker » de 234 000 tonnes, long de 330 mètres, construit en 1974, immatriculé au Libéria et affrété par la compagnie américaine Amoco Transport, filiale de la Standard Oil, s’échoue au large des côtes finistériennes, en face du village de Portsall, provoquant la fuite de 227.000 tonnes de brut. Près de 400 kilomètres de côtes seront souillés entre Brest et Saint-Brieuc. Les dégâts sur le littoral et la faune sont immenses.

L’une des plus importantes marées noires est celle de la tête du puits sous-marin d’Ixtoc-one, le 3 juin 1979, dans le golfe du Mexique. La plate-forme Ixtoc-one était une plate-forme pétrolière d’exploration mexicaine de la Pemex, située à 600 miles au sud du Texas. Le 3 juin 1979, à la suite d’une manœuvre, le pétrole est violemment expulsé du puits, puis s’enflamme. La plate-forme incendiée s’écroule et commence à libérer son pétrole. Entre dix et trente mille barils de brut se répandent par jour dans le golfe, pendant neuf mois. Près de la moitié de ce pétrole brûle, provoquant une vaste pollution atmosphérique. Le reste se répand à travers le golfe du Mexique sous forme de nappes dérivantes. Ce n’est que le 23 mars 1980 que l’échappement d’hydrocarbures est endigué. Au total, entre 470 000 et 1 500 000 tonnes de pétrole brut se sont écoulées.

Le 24 mars 1989, le pétrolier américain l’Exxon Valdez s’échoue dans la Baie du Prince-William, en Alaska. Plus de neuf mois de travail seront nécessaires pour juguler la fuite de pétrole, qui atteindra les 280.000 barils (38.500 tonnes). C’est la plus grave marée noire survenue aux États-Unis, bien que moins importante en termes de volume déversé comparé à d’autres, car son impact environnemental fut énorme.  Environ 1.300 kilomètres de côtes furent pollués. Selon une étude de l’université de l’Alaska, seul un quart de la faune sous-marine a survécu. Cette marée noire eut un grand retentissement aux États-Unis, entraînant des modifications significatives de la législation américaine sur le transport maritime, en particulier de pétrole.

À partir 19 janvier 1991, au cours de la Guerre du Golfe, le sabotage des puits de pétrole du Koweït et du terminal pétrolier Mina Al-Ahmadi par l’armée irakienne provoque une immense marée noire dans le Golfe Persique. Entre 700 000 et 1 447 000 tonnes de pétrole se répandent, souillant les côtes iraniennes, koweïtiennes et 803 km de côtes saoudiennes.

Le 12 décembre 1999, L’Erika, un pétrolier battant pavillon maltais (pavillon de complaisance), construit en 1975 et affrété par la société Total-Fina-Elf, fait naufrage au large de la Bretagne, lors d’un transport de 37 000 tonnes de fuel lourd en provenance de Dunkerque et à destination de Livourne, en Italie. Conséquence : 19.800 tonnes de pétrole déversées, 400 km de côtes de cinq départements souillées, plus de 150.000 oiseaux mazoutés.

Le 13 novembre 2002, le Prestige, un pétrolier en transit entre la Lettonie et Gibraltar, au large du cap Finisterre, près des côtes de Galice au nord-ouest de l’Espagne lance un appel de détresse. Dans la tempête, il a une brèche de 50 mètres dans son flanc droit. L’équipage est évacué le 14 novembre, et le 16, alors que plus de 5 000 tonnes de fioul se sont déjà répandues, polluant le littoral sur plusieurs dizaines de kilomètres, le gouvernement espagnol le fait remorquer loin au large. Après plusieurs tentatives de remorquage vers le nord-ouest, puis vers le sud, le 19 novembre, le navire se brise en deux à 270 km des côtes de la Galice et coule par 3 500 mètres de fond. Pendant les opérations de remorquage, il a perdu de 5 à 10 000 tonnes de fioul lourd. Sa cargaison est de 77 000 tonnes. Le navire ayant de nombreuses fissures, le fioul continue de s’échapper : on parle de 125 tonnes par jour au bout de quatre semaines. Une gigantesque marée noire va souiller les côtes de Galice, du Portugal, du Pays basque, d’Aquitaine, de Vendée, et du sud de la Bretagne.

Le 23 janvier 2010, ce sont près de deux millions de litres de pétrole brut qui s’écoulent dans la mer au large de Port-Arthur, au Texas, après la collision entre le remorqueur Dixie Vengance et le pétrolier Eagle Atome, qui s’apprêtait à livrer du pétrole à une raffinerie.

Depuis 50 ans, dans la région du delta du Niger, le pétrole brut se déverse en flots continus : plus de 6800 fuites entre 1976 et 2001 ont déversé environ 3 millions de tonnes de pétrole brut, ruinant tout l’écosystème et les 31 millions d’habitants que compte le delta du Niger, selon les estimations de l’ONU.

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