L’histoire mouvementée des mines de Brais

5 avril 2009

decalquelaverieL’aménagement d’un sentier d’interprétation sur le site des anciennes mines de Brais, à Vieux-Vy-sur-Couesnon, donne un coup de projecteur sur l’histoire singulière de cette exploitation industrielle enclavée en milieu rural. L’occasion de faire rejaillir les souvenirs. André Boudazin, 90 ans, n’a pas oublié sa vie mouvementée à la mine, pendant l’Occupation allemande.

L’histoire des mines de Brais n’est pas un long fleuve tranquille. Ouvertes en 1879, après la découverte d’un filon de plomb argentifère à Vieux-Vy-sur-Couesnon, elles vont connaître une exploitation irrégulière pendant près d’un siècle, alternant périodes d’activité intense et longues périodes de fermeture.

Les travaux commencent en 1880 avec l’extraction de 500 tonnes de minerai brut (blende, galène et pyrite), En 1890, l’activité prend de l’ampleur grâce à la création d’une société anonyme : « Les Mines argentifères de la Touche ». Un puits central est creusé, des installations industrielles et plusieurs bâtiments sont construits. Le nombre d’employés dépasse la centaine. Mais, en raison de difficultés rencontrées dans le traitement du minerai, les travaux sont interrompus et la société est dissoute en 1894.

Vers 1900, une seconde société relance l’exploitation. La mine connaît alors la période la plus faste de son histoire avec près de 350 employés et une production de 12000 tonnes de plomb argentifère par an. En 1903, une centrale électrique à gaz pauvre est installée dans la vallée, pour fournir l’énergie nécessaire à l’exploitation de la mine, en complément des installations existantes. Mais, l’efficacité des laveries s’avère insuffisante pour le traitement du minerai, dont le rendement est trop faible. En 1907, la mine ferme à nouveau ses portes.

En 1927, une société minière rachète la concession. Une cité de soixante-douze logements ouvriers et de deux maisons pour chefs de poste est construite. En 1929, la mine est reliée au réseau général d’électricité de la Compagnie rennaise du Bourbonnais. Mais la crise de 1929 entraîne la faillite de l’entreprise, qui cesse son activité en 1930.

Désaffectée, la cité minière est réquisitionnée par la Préfecture  en 1939 pour accueillir des réfugiés espagnols, qui fuient la guerre civile. Les maisons ouvrières, pourvues de poêle, mais sans électricité, hébergent une famille par pièce. Au bout de quelques mois, ayant obtenu le statut de réfugiés politiques, la plupart quitteront Vieux-Vy-sur-Couesnon pour aller chercher du travail. Un peu plus tard, début 1941, la cité ouvrière nord-est (détruite depuis), accueille un camp de jeunesse, créé par la Restauration paysanne en accord avec le secrétariat d’Etat à la jeunesse. Une centaine de jeunes, menacés ou dispersés par l’exode, y seront accueillis jusqu’en 1943.

En 1941,  les Allemands relancent l’exploitation des mines de Brais afin de s’approvisionner en minerais, comme la pyrite, utilisée pour les besoins militaires. L’activité est confiée à la Compagnie des Mines de Bretagne. La cité ouvrière est raccordée au réseau d’électricité et ses différents logements sont à nouveau occupés par le personnel. À la mine, trois équipes se succèdent 24 heures sur 24. L’exploitation se fait à l’aide de pics, de marteaux-piqueur ou d’explosifs. Le minerai brut extrait est transporté par wagonets jusqu’aux laveries, où il est broyé, concassé, criblé, lavé et trié. Le minerai purifié est ensuite remonté sur le plateau à l’aide d’un treuil électrique. L’exploitation s’intensifie pour répondre aux besoins des Allemands. Le nombre d’employés passe de 61 en 1942 à 115 en 1943. La mine emploie surtout de la main d’œuvre locale, mais elle accueille aussi des réfractaires au service du travail obligatoire (STO), comme André Boudazin, qui arrive à la mine début 43.

À cette époque, André a 24 ans. Il travaille dans une entreprise rennaise, comme électricien. « Je ne voulais pas partir en Allemagne. J’ai réussi à me faire embaucher à Vieux-Vy grâce à l’inspecteur du travail, qui était un de nos clients et qui connaissait le directeur des mines de Brais ». Le jeune homme n’y sera jamais inquiété. Pourtant, le directeur, Marcel Moroge, entretient des relations ambiguës avec l’occupant. Il lui arrive même de recevoir des officiers supérieurs allemands, le week-end. Joue-t-il un double jeu ? « Il a été soupçonné de collaboration, mais il a rendu service à plus d’un. Il a réussi à faire revenir d’Allemagne des jeunes, des chimistes, notamment, dont il avait besoin ».

Andre-BoudazinUn noyau de résistance

À la mine, André retrouve sa sœur Hélène, qui travaille comme comptable. Célibataire, il est logé dans une chambre, au-dessus de la cantine. Avec deux autres électriciens, il doit veiller, notamment, au bon état des pompes électriques, qui fonctionnent 24 heures sur 24 pour évacuer l’eau s’infiltrant dans les galeries. « Si elles n’avaient pas fonctionné, la mine aurait été noyée et les gars avec ».

Peu de temps après son arrivée, André est contacté par des résistants, qui lui proposent d’intégrer leur groupe FTPF. « On était une douzaine, pas plus. La plupart des gars travaillaient à la mine, dans les ateliers ou dans les galeries. On avait comme chef de groupe un maçon, Pierre Coirre ». Dans les jours qui suivent, on lui fournit un fusil. « Je le cachais dans le plafond de ma chambre, car si j’avais été trouvé avec une arme, j’aurais été fusillé », raconte André Boudazin.

Le groupe se réunit régulièrement le soir, dans une ferme isolée, pour organiser des sabotages. Une nuit, peu de temps avant le débarquement, les résistants s’emparent de 750 kg d’explosifs, de la cheddite, qui sert à l’exploitation de la mine. Ce matériel leur permet de préparer des mines, des « tapettes à rat », qui sont déposées dans les nids de poules sur le passage des  troupes allemandes.

Hélas, les activités du groupe attirent l’attention de la Milice française, qui organise une expédition punitive. « J’ai été prévenu par ma sœur qu’il allait y avoir une descente de la Milice ». La plupart des résistants quittent les lieux pour se mettre en sécurité. André se réfugie quelques jours chez ses parents, à Rennes, où il se rend régulièrement à vélo. Le 8 juillet 1944, à 7h30 du matin, une soixantaine de miliciens encerclent la ferme de la Roche-aux-Merles, qui sert de repaire aux résistants, et l’incendient. « C’est là qu’ils ont trouvé Yvonnick Laurent. Ils l’ont torturé à coup de corde et achevé à la mitraillette ». André apprendra la triste nouvelle deux jours plus tard, en reprenant son poste à la mine.

Malgré le danger, le groupe continue ses activités. Les Alliés organisent des parachutages d’armes pour équiper les réseaux de résistance qui doivent les épauler après le débarquement. L’un d’eux est prévu à Vieux-Vy-sur-Couesnon. Dans la nuit du 15 au 16 juillet, de nombreux résistants se retrouvent sur la lande de Pavée, pour le réceptionner. « Les avions parachutaient de grands containers remplis de fusils, de mitraillettes et de munitions. Les armes étaient ensuite distribuées aux différents groupes de résistants de la région ».

Le 2 août, les troupes alliées arrivent à Vieux-Vy-sur-Couesnon, en passant par Brais. « Dans la matinée, j’ai vu passer le colonel de Boislambert sur un char français », se souvient André, les yeux brillants. « Ils passaient par les petites routes pour éviter les bombardements ». Une scène qui restera gravée à jamais dans sa mémoire. Dans l’après midi et les jours suivants, les résistants vont patrouiller dans les environs pour débusquer les Allemands restés sur place. « Au moment où les Américains sont arrivés, les Allemands étaient un peu paniqués. Notre groupe a fait 72 prisonniers, nous les avons remis aux Américains ».

Rennes est libérée le 4 août. Quelques jours plus tard, André rentre chez ses parents et reprend son travail chez son ancien employeur. Rappelé sous les drapeaux en septembre 1944, il sera démobilisé fin 1945 et se mariera quelques mois plus tard. Après la Libération, les mines de Brais seront encore exploitées quelques années, par la Compagnie de la Dyr, jusqu’en 1951 où des difficultés financières et une brusque venue d’eau entraîneront leur fermeture définitive.

Plus de soixante ans après son épopée mouvementée, André, qui vit à Saint-Aubin-d’Aubigné depuis 17 ans, est revenu sur le site des mines de Brais, avec sa famille : « Je n’ai rien reconnu, rien ! ». Aujourd’hui, la plupart des installations industrielles ont disparu ou sont à l’état de ruines, envahies par la végétation. Mais le sentier d’interprétation, aménagé dernièrement par la Communauté de communes, offre au visiteur l’opportunité de découvrir l’histoire de cette mine, dans un cadre magnifique… et désormais paisible !

Joëlle Le Dû

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