Les tribulations du résistant Abel Chevreton

10 mai 2009

Melesse n’a pas connu de faits de résistance majeurs pendant l’Occupation allemande, toutefois un résistant extérieur s’y est installé, y a conduit des activités et a été arrêté.                                       abel-chevreton09L’engagement d’Abel Chevreton est un exemple précieux de la manière dont à pu s’implanter la Résistance dans toutes les régions de France, grâce à des hommes venus de divers horizons, restés peu connus et même parfois ignorés.

Né à Lille en 1911, Abel Chevreton est mobilisé en 1939, fait prisonnier en 40, envoyé au stalag 12D, près de Trèves, en Allemagne, d’où il s’évade. C’est à pied qu’il revient à Saint-Malo, où réside sa compagne. Homme au tempérament trempé, animé de fortes convictions, Abel Chevreton s’engage dans l’activisme anti-allemand dans la cité malouine, base militaire stratégique  dotée d’une flotte de guerre.

Abel Chevreton agit avec un commissaire de police, un entrepreneur, un conducteur de cars, en organisant la désertion de marins tchèques, activité facilitée par la fréquentation du restaurant de son amie par l’occupant.

Son action s’oriente vers le renseignement. À la citadelle d’Alet, siège du commandement du colonel Von Aulock, Abel Chevreton  parvient, entre autres, à obtenir des documents par un secrétaire allemand. L’affaire découverte, ce dernier est exilé sur le front russe. Abel Chevreton recherche un lieu de repli pour ses activités. La commune de Melesse lui est familière,  puisqu’il y vient au ravitaillement avec des amis malouins. Il s’installe au Bas Chesnais, proche de la gare de Saint-Germain-sur-Ille. La Compagnie des Cars Bleus assure le transport Rennes-Saint-Malo avec arrêt à Melesse. Ses allées et venues sont facilitées.

Abel Chevreton est bel homme, chic, élégant, et son portefeuille est abondamment pourvu de billets de banque. Par les routes ou la berge du canal, il fréquente le café de la Ville en Bois, où il prend ses repas chez Mme Hardy. De son habitation, il renseigne Londres à l’aide d’un poste émetteur-récepteur. Déjà, en 1942, une valise contenant un poste émetteur avait été trouvée dans un champ proche de chez lui… trouvaille embarrassante, semble-t-il, pour le découvreur, qui le déposa à la gendarmerie de Saint-Aubin-d’Aubigné, provoquant la visite des habitations voisines par les Allemands.

Très prudent dans ses actions clandestines, Abel Chevreton cache son poste émetteur dans un pin couvert de lierre, mais cette astuce ne sera pas suffisante. Dénoncé, la Gestapo vient l’arrêter. Averti par un jeune facteur, il se cache précipitamment. Pendant ce temps, la police allemande, accompagnée de chiens, est détournée du chemin direct vers le Bas Chesnais grâce à la présence d’esprit des Melessiens qui les renseignent. Les Allemands tardant à arriver, Abel Chevreton est revenu trop vite dans sa maison,   pour récupérer des papiers compromettants. Cerné, il est arrêté au début de l’automne 43.

Commence alors une longue période d’épreuves en prison et dans les camps de l’horreur. Huit mois d’interrogatoires et de torture à la prison Jacques Cartier de Rennes n’eurent pas raison de sa force morale.

Tatoué 185289

Prisonnier « politique », c’est-à-dire pour fait de résistance, il transite par le camp de Royallieu, où sont regroupés les non-juifs, avant leur expédition vers l’Allemagne. Le 27 avril 1944, 17000 détenus sont entassés avec violence dans des wagons à bestiaux. Soif, asphyxie, démence marquent ce convoi, qui met quatre jours avant de décharger sa marchandise humaine sur un quai d’Auschwitz-Birkenau.

Tatoués dans ce camp, numéro 185289 pour Abel Chevreton, les  valides du convoi rembarquent vers Buchenwald, le 12 mai. Un millier d’entre eux, dont Abel Chevreton, sont déplacés vers le camp de concentration de Flossenbürg, le 24 mai. Abel Chevreton travaille dans une carrière, par tous les temps et sous les mauvais traitements, pendant onze mois.

Le 20 avril 1945, les 16000 détenus, en colonnes, sont jetés sur les routes de Bavière. Pendant cent dix kilomètres, c’est la « Marche de la mort », retardataires et malades sont abattus par les SS. Abel Chevreton est obligé d’abandonner un camarade, qu’il soutenait. Le 23 avril 1945, les 6000 prisonniers restants sont libérés par les Américains.

Malade, squelettique (Abel ne pèse plus que 35 kilos), il est dirigé vers l’hôpital américain de Cham, puis transporté en avion de chasse à Paris, et enfin à l’hôtel Lutetia, centre de rapatriement des déportés.

De retour en Bretagne, il reviendra à Melesse, avec le secret désir de retrouver son poste émetteur dans sa cachette. Il le retrouvera au même endroit et visitera quelques personnes qu’il avait bien connues. Marié à Saint-Malo avec Claude Barbedienne, en 1952, père de quatre enfants, Abel Chevreton est décédé en 2004, à l’âge de 93 ans.

 Monique Le Guen, de l’association « Melesse à travers les Âges »

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