L’agriculture a de l’énergie à revendre

1 mars 2012

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De plus en plus d’agriculteurs prennent conscience des enjeux environnementaux liés à leur activité et font des efforts pour faire évoluer leurs pratiques. Certaines exploitations se lancent même dans la production d’énergies renouvelables. L’agriculture a, en effet, un rôle majeur à jouer dans le contexte énergétique et climatique actuel. La Communauté de communes du Val d’Ille, qui a mis en place un plan climat-énergie et vise l’autonomie énergétique d’ici à 2030, s’intéresse de près à ces initiatives.

L’agriculture représente sur le Val d’Ille 40% des émissions de gaz à effet de serre (principalement des émissions dites non énergétiques) et 5% des consommations énergétiques. Afin de mieux connaître l’origine de ces émissions et consommations et de découvrir les actions mises en place par les agriculteurs pour les diminuer, les élus de la Communauté de communes ont visité deux exploitations agricoles du territoire, le 7 février dernier.

À Melesse, l’EARL du Champ Morand met en place différentes mesures de sobriété et d’autonomie énergétique, depuis plusieurs années. Spécialisée dans l’élevage de bovins (48 vaches laitières de race Prim’ Holstein pour un quota de 400 000 litres de lait), cette exploitation de 58 hectares pratique le « sans labour » pour le maïs et l’herbe et le semis direct pour le blé, depuis 1999. « Nous sommes seulement deux à le pratiquer sur Melesse », souligne Serge Hannier, l’exploitant. Encore assez marginales en France, ces techniques culturales présentent de nombreux intérêts. En limitant le nombre de passages du tracteur, elles permettent un gain de temps et une économie de carburant non négligeable, avec une diminution des émissions de CO2 à la clé. Le « sans labour » contribue aussi à préserver le sol de l’érosion en maintenant une couverture végétale qui favorise la biodiversité et l’activité biologique de la terre. Enfin, ces plantes participent aussi à la réduction des gaz à effet de serre en absorbant le CO2 atmosphérique pour leur développement.

Serge Hannier n’en est pas resté là. Il a commencé à réfléchir à la façon de valoriser les émondes issues de l’entretien des haies de son exploitation. « Depuis 2007, on ne brûle plus les résidus de bois ». En effet, ces déchets peuvent être récupérés et utilisés comme ressource énergétique renouvelable, sous forme de plaquettes de bois déchiqueté. Une solution intéressante, en cette époque de raréfaction et de flambée des prix des énergies fossiles.

Le déchiquetage a débuté en 2008 et une chaudière à plaquettes de bois a été installée dans un bâtiment de l’exploitation l’année suivante. Depuis, elle alimente en chauffage et en eau chaude la maison de l’exploitant et celle de ses parents. Elle fournit aussi l’eau chaude de la laiterie. « Cette installation représente un coût de 40.000 euros, mais avec les subventions et les crédits d’impôt, cela me revient à 30.000 euros environ », calcule Serge Hannier. À ce coût, il faut toutefois rajouter l’entretien, l’électricité pour l’alimentation automatique de la chaudière et l’acheminement du bois. « On consomme environ 100 m3 de copeaux par an ».

Dans cette optique de valorisation énergétique du bocage, l’EARL du Champ Morand s’est inscrite dans le programme Breizh Bocage, mis en œuvre par la Communauté de communes du Val d’Ille. Ainsi, entre 2010 et 2011, 1,280 km de haie à plat ont été plantés et environ 300 m de haies de moins de 20 ans ont été élagués sur les parcelles de l’exploitation.

Pour stocker et faire sécher les plaquettes de bois produites, un hangar a été construit. Une nouvelle opportunité de développer les énergies renouvelables : depuis mars 2011, l’EARL loue la toiture du bâtiment agricole, qui accueille 1 000 m2 de panneaux solaires photovoltaïques. Ce qui lui permet d’autofinancer le hangar, tout en contribuant à l’autonomie énergétique du territoire.

Par ailleurs, en vue de faire des économies d’énergie, un pré-refroidisseur de lait a été installé dans la salle de traite. Cet équipement, subventionné à hauteur de 40% par l’Etat et la Région, permet de faire baisser la température du lait avant qu’il n’entre dans le tank réfrigéré. Le principe est simple : de l’eau froide venant d’un puits circule dans un serpentin en contact avec le lactoduc. Le lait, qui arrive à 35°, passe en quelques secondes à une température de 22°, transférant sa chaleur à l’eau. Ce qui permet de réduire le temps de fonctionnement du tank pour obtenir un lait à 4°C. « On économise ainsi environ 35% d’électricité ». Autre avantage : l’eau tiédie est récupérée et utilisée pour l’abreuvement des vaches.

À Guipel, le GAEC du Gué se lance aussi dans la production d’énergie renouvelable. Il y a trois ans environ, Sébastien Lavolée et ses cinq associés ont commencé à s’intéresser à la méthanisation. L’exploitation de 225 hectares, qui regroupe un élevage porcin naisseur-engraisseur (200 truies) et un atelier d’une centaine de vaches laitières, produit en effet des stocks importants de lisier et fumier. Or, le biogaz formé à partir de la matière organique permet de produire de l’électricité et de la chaleur renouvelables. Cette valorisation a un effet bénéfique sur l’effet de serre puisqu’elle permet de brûler le méthane produit lors de la fermentation des déchets et d’éviter qu’il ne soit libéré dans l’atmosphère.

Aujourd’hui, une unité de méthanisation est en cours de construction sur le site du Gué. « Nous souhaitons être autonomes dans notre exploitation », confie l’agriculteur. Le biogaz produit sera transformé en électricité et en chaleur grâce à un moteur de 150 kW. « Le projet est évolutif, l’objectif final étant d’atteindre 300 kW ».

L’installation sera mise en service cet été. Elle produira environ 1.400.000 kWh thermiques par an, « l’équivalent de la consommation de 70 maisons en chauffage ». Cette énergie sera directement valorisée dans l’élevage porcin attenant, ainsi que dans deux maisons d’habitation via un réseau de chaleur. D’autres formes de valorisation de la chaleur sont encore à l’étude, notamment pour le séchage des fourrages. La production d’électricité, quant à elle, estimée à 1.200.000 kWh par an, sera rachetée en totalité par EDF, au tarif de 0,18 e le kWh environ. Ce projet novateur représente un investissement important, de plus d’un million d’euros. Il sera subventionné à hauteur de 25% par la Région et l’Etat. « Le temps d’amortissement sera de 8 à 10 ans », prévoit Sébastien Lavolée.

Que deviendront les résidus issus de la méthanisation ? « Le digestat sera épandu sur les terres et servira de fertilisant, ce qui nous permettra de faire des économies d’engrais ». Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le processus de fermentation ne réduit pas la teneur en azote et phosphore des matières organiques, il les rend seulement plus assimilables par les plantes, proche d’un engrais minéral. Plus fluide que le lisier, le digestat pénètre aussi plus rapidement dans le sol et dégage peu d’odeur.

« La méthanisation permet de donner une autre image de l’agriculture », estime Sébastien Lavolée. En effet, grâce cette unité de méthanisation, l’exploitation pourra réduire ses émissions de gaz à effet de serre, éliminer les nuisances olfactives liées à la gestion des effluents, produire de l’énergie renouvelable et acquérir son autonomie énergétique, tout en développant une nouvelle activité tournée vers l’avenir.

Joëlle Le Dû

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