Jean-Louis Tourenne a quitté la présidence du Val d’Ille

1 mai 2008

tourenneAprès avoir passé quatorze années à la tête du Val d’Ille, Jean-Louis Tourenne, président de la Communauté de communes depuis sa création, transmet le flambeau à Daniel Cueff, maire de Langouët. 

Le Petit Rapporteur : Qu’est-ce qui a motivé votre décision de ne pas vous représenter à la présidence du Val d’Ille ?

Jean-Louis Tourenne : J’avais vraiment mauvaise conscience. C’est quelque chose qui vous taraude quand vous vous apercevez que vous ne donnez pas le temps nécessaire pour que ça fonctionne. Quand j’ai été élu Président du Conseil général, j’avais l’impression que j’arriverai à m’organiser suffisamment pour retrouver le rythme antérieur. Or je n’ai jamais réussi, et ça a été de pire en pire. D’autre part, il y a un moment où il faut passer la main… et on ne le fait jamais si on ne se fait pas une douce violence. C’est presque comme une rupture amoureuse quand on a un grand attachement…

Le P.R. : Quel regard portez-vous sur ces quatorze années passées au Val d’Ille ? Avez-vous le sentiment d’avoir atteint vos objectifs ? 

J-L. T. : On n’a jamais atteint complètement ses objectifs. Ce serait prétentieux de le croire. Mais nous en avons atteint un grand nombre. Le premier, c’était de faire en sorte qu’une dynamique se crée. Or, l’acte de naissance du Val d’Ille a fait que cette dynamique a été immédiate. Certaines communautés de communes se sont créées sur les limites d’un canton. Nous, nous avons travaillé autrement. Entre les quatre hypothèses possibles en matière de périmètre de la Communauté de communes, nous avons choisi l’hypothèse qui nous paraissait la plus garante d’un avenir dynamique et enthousiaste : nous nous sommes choisis les uns les autres, puisque les communes appartiennent à deux cantons différents. Nous avons considéré que nous avions les mêmes préoccupations, que nous pourrions travailler ensemble en bonne intelligence, même si nous pouvions être de sensibilité politique différente. On a tous été d’accord pour faire du développement économique une priorité. Parce que derrière le développement économique, il y a la création de richesses et la création d’emplois. C’est le produit de l’activité économique qui fournit les moyens nécessaires à l’augmentation des services que l’on rend à la population. On s’est donc retroussé les manches et le Val d’Ille a rapidement pris son essor.

 Le P.R. : Le développement économique a été considérable. Le slogan du Val d’Ille ”On gagne tous à partager”, c’est bien une réalité ?

J-L. T. : Á titre d’exemple, en 1996, lorsque nous avons institué la taxe professionnelle unique, chaque commune recevait ce qu’elle touchait antérieurement. Cette somme-là ne varie pas, elle représente chaque année 500.000 euros. Par contre, ce que nous distribuons au titre de la solidarité, c’est-à-dire la taxe professionnelle produite depuis 1996, représente environ 900.000 euros. On a donc multiplié par 150% le produit de la TP. Nous avons réussi dans ce domaine.

Mais nous avons aussi bien travaillé dans le domaine du développement de l’habitat, de l’aménagement de l’espace, du développement culturel, du tourisme… Le petit commerce a été renforcé, une politique de la petite enfance et de la jeunesse s’est mise en œuvre… Enfin, je ne vais pas faire le catalogue de tout ce qui a été fait pendant cette période ! Tout cela s’est mis en place progressivement. La synergie entre les communes, entre les élus, a montré son efficacité. Dire que tout a été réussi, non. Sans doute que l’on aurait pu aller plus loin dans le domaine du transport…

Le P.R. : Pour vous, quelle est la plus grande réussite du Val d’Ille ? 

J-L. T. : Dans le domaine économique, je pense que c’est Cap Malo. Ceci étant, il n’y a pas que Cap Malo, il y a un certain nombre de zones d’activité qui ont vu le jour. Mais Cap Malo est sûrement le plus beau fleuron qu’on ait pu présenter, par son concept lui-même, qui est très original, par le regroupement sur un même site de toutes les activités de loisirs qu’on peut pratiquer en famille, par son intégration dans le paysage… Tout cela participe d’une image assez favorable et nous devons rendre grâce à Daniel Jeulin (NDLR : l’aménageur du complexe) d’avoir pris une part essentielle par ses initiatives à la mise en œuvre de ce concept tout à fait original.

Le P.R. : Y a-t-il des dossiers qui vous ont donné du fil à retordre ?

J-L. T. : Cap Malo ! Cap Malo, c’est en même temps une bénédiction et l’enfer. Ça a été l’enfer depuis le début. Depuis la première implantation, à savoir le multiplexe, ça a été une bagarre de tous les moments… Á chaque implantation, nous avons eu des oppositions. On avait un projet de Village des Marques, que l’on a défendu,  mais au bout d’un certain temps, de guerre lasse, vous vous dites qu’il y en a marre d’être obligé à chaque fois de faire appel pour obtenir satisfaction, de négocier pendant des heures pour arriver à un accord. Ça a été l’enfer permanent, jusqu’à Alinéa, d’ailleurs, parce que le préfet avait déposé un recours en commission nationale… qu’il a fini par retirer.

Le P.R. : Quelles sont les réalisations qui vous tenaient particulièrement à cœur ?

J-L. T. : Il y a en un certain nombre. On a créé, par exemple, le Pôle de l’économie sociale et solidaire. Ce n’est pas une mince affaire, puisque c’est le premier pôle qui a été créé de cette façon dans le département. C’est une innovation importante, parce que l’économie sociale et solidaire représente une philosophie qui concorde parfaitement avec celle que l’on peut avoir pour une société. C’est une économie qui n’est pas assise sur la recherche du profit, mais qui est surtout fondée sur le service à rendre à la population, et c’est créateur d’emplois.

Il y a aussi le projet de territoire, qui a été réalisé et qui définit les grandes lignes de la construction du Val d’Ille dans tous les domaines.  C’est le résultat d’une grande réflexion, d’une longue concertation, qui a amené à tracer des pistes, notamment axées sur le développement durable. C’est l’orientation principale de ce projet de territoire. C’est vraiment une déclaration d’intention de faire du développement respectueux de l’environnement, mais également du développement social, qui favorise l’épanouissement des individus. Ce n’est pas seulement créer de l’emploi, c’est aussi créer du service, des moyens d’épanouissement…

Par ailleurs, je suis très obsédé par l’égalité des chances. Je trouve intolérable l’idée que certains enfants soient condamnés dès la naissance à un destin qui ne sera pas favorable… Quand, dans une famille, vous avez subi des carences éducatives, affectives, vous n’avez pratiquement aucune chance de réussir. C’est pour cela qu’il faut travailler sur la petite enfance, cette période de 0 à 3 ans qui est déterminante.

Le P.R. : Quels nouveaux défis attendent votre successeur ?

J-L. T. : Un défi permanent, celui de donner une vraie identité au Val d’Ille, amener chacun de nos concitoyens au sentiment qu’il appartient à une même communauté de destin, que les projets du Val d’Ille sont les siens et qu’il appartient à chacun de prendre sa place dans débat sur le devenir de la communauté. Développer encore les richesses et l’emploi. Des richesses pour financer des services aux personnes, pour que chacun puisse s’épanouir sur le territoire, y exercer ses talents. Un développement durable qui repose en même temps sur le respect de l’environnement, l’invention de la vie après le pétrole, l’égalité des chances, l’adaptation des emplois aux besoins de la population et le dynamisme économique. Et puis, tant d’autres orientations à mettre en œuvre pour assurer aux habitants le meilleur confort, le plus grand bien-être. Mais je sais combien Daniel Cueff et l’équipe des conseillers communautaires portent d’attachement à relever ces différents défis.

Le P.R. : Souhaitez-vous adresser un message à la nouvelle équipe communautaire et aux Val d’Illiens ?

J-L. T. : D’abord, un grand merci à ceux qui m’ont efficacement accompagné, dans le plus grand esprit d’ouverture, dans cette grande et belle aventure que fut la création et l’animation de la Communauté du Val d’Ille qui constitue, me semble-t-il, toute modestie gardée, l’un des plus beaux exemples d’enthousiasme des élus et des personnels et une belle réussite, même si on peut toujours regretter de n’être pas allé assez loin.

Á la nouvelle équipe, je souhaite de garder l’idéal qui la guide, cette volonté de construire une société plus harmonieuse, de donner à tous les moyens en services et en équipements. Contrairement à une idée souvent répandue, rien n’est plus noble que la fonction d’élu, dès lors qu’elle sert une grande et belle cause.

Et aux Val d’Illiens, de participer aux débats, aux grands choix qui se décident au Val d’Ille comme dans les communes, de se sentir dépositaires d’une partie de la responsabilité collective du devenir de la Cité.

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