Des OGM dans nos assiettes, de gré ou de force ?

10 mars 2009

champdemaisDepuis leur autorisation commerciale en Europe, en 1996, les OGM sont au cœur d’une vive polémique. Le débat est d’autant plus complexe que les enjeux sont multiples : scientifiques, économiques, agricoles, sanitaires, environnementaux, éthiques… En France, les OGM suscitent méfiance et inquiétude chez une large majorité de la population. 

Si certains considèrent les OGM (organismes génétiquement modifiés) comme un progrès technologique, voire une panacée permettant de résoudre les problèmes de faim dans le monde, beaucoup redoutent les risques potentiels liés à leur développement : risques sanitaires, alimentaires, dissémination incontrôlée et irréversible, perte de la biodiversité, dépendance alimentaire vis-à-vis des semenciers…

À ce jour, en Europe, un seul OGM a été homologué pour la culture : le maïs MON810 de la firme Monsanto, qui commercialise 90% des plants OGM dans le monde. Par contre, plusieurs OGM sont autorisés à l’importation, que ce soit pour l’alimentation animale ou humaine. Ainsi, aujourd’hui, nos aliments peuvent contenir des OGM, si l’étiquette le mentionne, mais cet étiquetage n’est obligatoire qu’à partir de 0,9% d’OGM, et les produits dérivés d’animaux d’élevage (laits, oeufs, viande) ne sont pas soumis à cette réglementation.

Bien que certaines instances scientifiques, comme l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) le 12 février dernier, affirment que les OGM commercialisés ne sont pas dangereux pour la santé, les trois quarts des consommateurs n’en veulent pas dans leur assiette. Un sondage CSA/Greenpeace, réalisé en janvier 2008, révèle que 72% des Français jugent « important » de pouvoir consommer des produits sans OGM. Une méfiance bien légitime. Le manque de transparence, les scandales sanitaires successifs (sang contaminé, crise de la vache folle, hormones de croissance…), ont ébranlé la confiance des consommateurs à l’égard de l’expertise scientifique. « En fait, il est impossible de conclure à l’innocuité des OGM, car les seules études toxicologiques – confidentielles – sont fournies par le fabricant de l’OGM expertisé ! », dénonce Lylian Le Goff, médecin, environnementaliste, responsable du dossier OGM pour France Nature Environnement. Les études réalisées dans ces conditions ne sont pas très concluantes, dans la mesure où elles sont limitées dans le temps (90 jours maximum) et incomplètes. On ne connaît donc pas encore très bien les effets des OGM à long terme sur la santé.

Par contre, les risques de dissémination des OGM cultivés en plein champ sont bien réels. Volontaires ou accidentelles, les contaminations sont inévitables et menacent à la fois l’agriculture conventionnelle, la filière biologique et la biodiversité. Une étude mexicaine, publiée le 21 janvier sur le site NewScientist, démontre que des gènes de maïs génétiquement modifié ont contaminé des variétés sauvages. Plus près de chez nous,  à Saint-Symphorien (près de Hédé), la découverte d’une parcelle d’un maïs transgénique (Bt11) non autorisé en Europe a fait grand bruit en 2007. L’agriculteur, de bonne foi, a déclaré avoir acheté des semences traditionnelles. « Des agriculteurs achètent à leur insu des semences contaminées et se retrouvent à cultiver du maïs OGM – et donc à contaminer l’environnement et la chaîne alimentaire – sans le savoir ! », commente Arnaud Apoteker, de Greenpeace France.

De nombreux témoignages le prouvent, la contamination par les organismes génétiquement modifiés peut se produire à tous les stades de la production : semences, floraison, récolte, transport… On comprend, dès lors, la lutte des « faucheurs volontaires », comme José Bové, qui s’acharnent à détruire les cultures transgéniques en plein champ.

 Un front de résistance

Dans ce contexte, plus de 4 000 collectivités européennes se sont déjà déclarées « Zone sans OGM », dont 16 régions françaises (la Région Bretagne en 2004)… Les communes ne sont pas en reste. En Ille-et-Vilaine, sous l’impulsion du Collectif OGM 35, 66 municipalités (dont Rennes, La Mézière, Langouët, St-Germain-sur-Ille, Guipel…) ont déjà pris des décisions symboliques contre la culture d’OGM en plein champ sur leur territoire ou des directives contre la présence d’aliments transgéniques dans la restauration municipale. En France, elles sont plus d’un millier. Jusqu’à présent régulièrement annulés, ces arrêtés municipaux pourraient bientôt se multiplier. En effet, le 13 janvier dernier, la justice vient de reconnaître pour la première fois le droit à une commune française de refuser toute culture d’OGM sur son territoire. Les juges ont considéré que l’arrêté municipal voté par la commune de Thor (Vaucluse) était acceptable en raison de « l’impact éventuel sur la santé publique et l’environnement des OGM dans une commune à vocation essentiellement agricole ». Une décision qui pourrait désormais faire jurisprudence.

De gré ou de force ?

 À la suite du Grenelle de l’Environnement, le 9 février 2008, le gouvernement français a suspendu la culture du maïs transgénique Mon810, activant la « clause de sauvegarde » auprès de l’Union européenne en vertu du principe de précaution, « au regard des risques potentiels sur l’environnement en matière de dissémination pour les cultures non OGM ».

Mais le rempart que constitue actuellement cette mesure est bien fragile… et le débat n’est pas clos. Le 25 juin 2008, l’Assemblée nationale a adopté, dans un climat houleux, une loi qui reconnaît le droit de produire et de consommer « avec ou sans » organismes génétiquement modifiés. En fait, il s’agit de la transposition, avec cinq ans de retard, d’une directive européenne permettant la coexistence des cultures OGM et non-OGM. Une coexistence impossible dans les faits, si l’on veut préserver des filières « sans OGM ». Pour l’instant, la portée de cette loi reste limitée, du fait que le seul plant transgénique autorisé à la culture en Europe est le maïs Bt Mon810, pour lequel la clause de sauvegarde a été activée. Mais après ?

Cette résistance impatiente l’Europe, qui souhaite accélérer les processus d’autorisation des cultures OGM. Réunis à Bruxelles le 16 février dernier, les experts de la Commission européenne n’ont pas réussi à trouver une majorité qualifiée pour obliger la France et la Grèce à lever leurs clauses de sauvegarde empêchant la culture du maïs Mon810. Mais ce n’est que partie remise. La décision est renvoyée devant le Conseil des ministres, dont le prochain est prévu les 23 et 24 mars. Dans l’intervalle, ils doivent se prononcer, le 2 mars, sur les clauses prises par l’Autriche et de la Hongrie, deux autres pays réfractaires aux OGM. Ils doivent aussi étudier une demande d’homologation de deux variétés de maïs transgéniques, le BT 11 et le BT 1507. Or, toute nouvelle autorisation européenne deviendra immédiatement valide en France…

« Avec ou sans OGM », aurons-nous encore le choix, à l’avenir ?

Joëlle Le Dû

• L’association « Citoyens à Melesse » organise une soirée-débat « Faut-il avoir peur des OGM ? », le jeudi 12 mars à 20h30, à la salle polyvalente de Melesse.

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